Une fille avec un livre

Luis Sepulveda, Le vieil homme qui lisait des romans d'amour.

Sepulveda

Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse, il savait lire.

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16 novembre 2017

Amélie Nothomb, Frappe-toi le coeur, Albin Michel, 169 pages.

Voici un avis mitigé sur le dernier roman de l aplus prolixe des auteurs belges.

Maroe, l'héroïne du début du roman, 19 ans, est une très belle jeune fille qui se repêt de la jalousie des autres envers sa beauté. C'est son moteur pour vivre. Mais quand elle tombe enceinte très tôt, sa superbe petite fille, qui se distingue de tous les autres enfants dès sa naissance, surpasse sa mère et attire tous les regards et les commentaires. Marie passe au second plan, ce qu'elle ne supporte pas, éprouvant immédiatement de la froideur pour sa concurrente.

Le roman bascule ensuite sur la fillette, Diane, dont nous suivons l'évolution jusqu'à ses trente cinq ans.

Comment a-t-elle vécu cette froideur, cette indifférence dès ses premiers jours? Comment combler ce manque affectif  qui va la suivre toute sa vie?

Je suis vraiment entrée dans le roman à partir du moment où Diane atteint l'âge de 6-8 ans, et commence à faire part de ses réflexions et de son ressenti. La platitude du début m'a même fait m'interroger sur la poursuite de ma lecture tant j'avais l'impression de perdre mon temps. Je ne regrette pas d'être allée jusqu'au bout, malheureusement l'écriture reste légère

frappe toi le coeur

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13 novembre 2017

Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres. ‘’Ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent’’, éditions Les Arènes, 260 pages.

 

 

Peter Wohlleben est forestier en Allemagne, et pendant longtemps il a entretenu les forêts à l’aide de coupe à blanc et d’engins forestiers lourds. La forêt devait produire du bois, elle était gérée comme une  entreprise. Dans ces cas-là, on ne voit les arbres qu’à travers leur valeur. Puis, petit à petit, le regard de cet homme sur les forêts en général et les arbres en particulier a changé. Il découvre que les arbres sont sensibles à la douleur, communiquent entre eux aussi bien par les airs que par leurs racines, il y a une entraide insoupçonnée en forêt. L’exploitation forestière doit alors s’adapter à cette nouvelle vision, à cette nouvelle perception de la vie des arbres.

Peter Wohlleben nous raconte son parcours, ses expériences, ses tâtonnements, ses avancées progressives. Il a un formidable talent de conteur qui nous permet sans mal de comprendre et de visualiser ce qu’il raconte. Si comme moi, vous aimez marcher en forêt, si vous prenez plaisir à les toucher du bout des doigts, à les sentir, les admirer en levant la tête et en vous perdant dans leurs cimes, alors ce livre est fait pour vous.

Après trois semaines d’abstinence de lecture malgré moi (c’est bien la première fois depuis des décennies que je perdais le goût de la lecture), c’est avec ce livre que j’ai repris, page à page, jusqu’à finir par le dévorer).

 

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09 novembre 2017

Sophie Guermès, les ombres portées, Scènes intimes à Grignan, Triartis éditions

zola

Quelques pages consacrées à un moment de la vie privée de notre grand Zola, à travers une adaptation de sa correspondance.

Grace à la masse critique de Babelio, j’ai découvert une collection que je ne connaissais pas, la transposition ou l’adaptation de la correspondance de personnages connus, qui permet de ‘’dramatiser ce que les lettres révèlent de l’essentiel d’une relation’’ (Triartis éditions).

Ainsi, dans une lettre anonyme, Alexandrine Zola apprend que son mari la trompe depuis plusieurs années avec son ancienne lingère. Il l’a installé à proximité de chez lui, elle vit là, à quelques centaines de mètre du couple Zola, avec les deux jeunes enfants de l’écrivain.

Nous n’avons pas ces échanges épistolaires, puisqu’Alexandrine n’a pas encore mis la main dessus, mais nous avons le ressenti de la femme bafouée, la rage, la colère envers son écrivain de mari. Puis, La réaction de Zola, qui cherche à protéger sa jeune maitresse et ses enfants, les mettant à l’abri dans un hôtel, avant d’emmener sa femme dans une représentation à Bruxelles. Elle est la femme d’un homme public, elle se doit donc de faire bonne figure et doit tenir sa position, son rang, son rôle.

Je reste sur ma faim après ce titre. Non par voyeurisme, mais j’aurais aimé avoir une copie de ces lettres pour voir comment ce cours récit transpose la correspondance, mieux connaitre le Zola intime directement à travers les écrits de sa main et non d’après une interprétation. Mais je testerai volontiers d’autres titres de cette collection pour me faire une opinion.

06 novembre 2017

Laetitia Colombani, La Tresse, Grasset, 222 pages

la tresse

 

Voici un roman dont j’avais beaucoup entendu parler  ces derniers mois, sans avoir encore pris la peine de le lire. Et voilà qu’une collègue me l’apporte sur un plateau. Belle lecture effectivement, une écriture simple, une lecture facile et rapide mais une belle histoire tressée et assemblée brin par brin. La métaphore filée est facile, mais l’auteur nous tend la perche !

En exergue, la définition d’une tresse. N.f. Assemblage de trois mèches, de trois brins entrelacés.

Trois brins de l’histoire.

Julia, en Sicile, fille d’artisan perruquier avec des cheveux naturels. Une tradition qui se perd.

Simita, jeune fille intouchable, soumise au diktat des castes pourtant officiellement abolies. ‘’Scavenger’’ ou ‘’extracteur’’ de mère en fille, devant vider à mains nues à longueur de journée les latrines des gens aisées. Smitta, qui ne veut pas que sa fille suive le même chemin qu’elle : elle devra aller à l’école.

Sarah, jeune avocate de renom au Canada, qui jongle entre son métier prenant et sa vie de mère de deux enfants. Dans ce monde de requin, aucune faiblesse n’est tolérée. Et quand une faille s’entrouvre, tous se précipitent pour la curée.

Alors, chacune de ces femmes va toucher le fond, avant de donner un bon coup de pied pour remonter à la surface, respirer à nouveau en même temps qu’une décision s’impose : faire entendre sa voie, être enfin soi-même, taper du poing sur la table, prendre enfin SA vie en main.

Trois femmes au destin qui se croise, chacune à un bout du monde. Trois femmes liées entre elles par les hasards de la vie, comme les trois brins d’une tresse.

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02 novembre 2017

Léonor de Recondo, Point Cardinal, Sabine Wespieser éditeur, 224 pages

recondo

Avertissement : Livre à ne pas mettre entre les mains des partisans de la manif’pour tous sous peine de crise cardiaque !

Nait-on toujours dans le bon sexe ? Laurent s’interroge. Marié, père de deux anfants, un emploi stable, il ne se sent pourtant pas ‘’raccord’’ avec lui-même. Quelque chose cloche.

Alors, quand les pulsions sont trop fortes, Laurent court acheter de la lingerie féminine, s’habille, devient Mathilda et sort retrouver son ami Cinthia.

Car Laurent le pense, le dit, puis l’affirme haut et fort quand est venu le temps de vivre enfin pleinement sa vie, ‘’Je suis une femme’’. Raz de marée pour sa femme, ses enfants, surtout son fils, à son travail : Laurent est une femme qui va enfin le devenir, sous le nom et l’apparence de Lauren. Il ne sera plus un travesti mais un transsexuel, un vrai, qui va passer par toutes les étapes , jusqu’aux opérations indispensables qui lui permettront enfin de s’assumer pleinement.

C’est un livre bref et fort, une écriture dépouillée et sans fioriture qui rend très bien compte des questions, des déchirements du narrateur. Dans le style, cela se traduit par l’emploi des pronoms. Le ‘’il’’ côtoie le ‘’elle’’, le ‘’Laurent’’ et le ‘’Lauren’’ s’entremêlent, tout au long de cette quête, de cette interrogation puis du parcours médical vers la transformation.

Un petit bémol, peut-être ? ou une force de caractère, je ne sais pas… Pendant des années, Laurent passe sous silence ce qu’il est au plus profond de lui pour ne pas faire de mal à sa femme et ses enfants, pour se protéger, par lâcheté, il ne sait pas trop lui-même. Quand il a la force de ‘’cracher le morceau’’ (c’est vraiment l’impression que cela donne), il se sent soulager…mais vouloir aller jusqu’au bout à tout prix, consulter médicalement sans s’en ouvrir à sa femme, prendre les hormones et commencer sa transformation en secret…n’est-ce pas faire preuve alors d’égoïsme ? ou enfin faire fi des conventions et des normes imposées pour enfin vivre pleinement ce que l’on est vraiment.

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30 octobre 2017

Sorj Chalandon, Le jour d’avant, Grasset, 327 pages.

le jour d'avant

« Ma vie entière Liévin a été mon mot de passe, et la mort de mon frère un sauf-conduit ». p 69.

Liévin, une catastrophe minière, le 27/12/1974. Michel est marqué à vie comme au fer rouge par ce coup de grisou responsable de 42[S1]  morts.  La liste est officielle, gravée dans la pierre, et le frère de Michel n’en fait pas parti, mort des suites de ses blessures trois semaines plus tard. Une catastrophe qui le brise, et qui malgré lui le servira. Par respect pour son frère. Mais pourquoi est-il si traumatisé par cet acte qui n’était pourtant pas le premier du genre ? Pourquoi le frère éprouve-t-il le besoin de tout reconstituer, tout conserver dans un box de son garage comme un sanctuaire, qu’il retrouvait la nuit pendant ses insomnies ?

Il doit se venger de la mine et de ceux qui la dirigent, se venger des petits chefs ayant passés à travers les mailles de la justice. Une obsession…

Une fois de plus Sorj Chalandon nous porte avec la puissance de son écriture. Il nous plonge au cœur de la tourmente, de la culpabilité des survivants, pour mieux nous surprendre avec un rebondissement magistral. Alors tout va s’éclairer. Mais d’abord, plongez dans l’histoire, laissez-vous porter, vibrez avec Michel et sa famille.


 [S1] sa famille. ez-vous porter, vibrez avec MIchel  pour mieux nous surprendre avec un rebondissement magistral. ailles de la jus

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26 octobre 2017

Nicolas d’Estienne d’Orves, La gloire des maudits, Albin Michel, 522 pages.

La gloire des maudits

 

Un nouveau ‘’tourne-page ‘’ de cet auteur découvert grâce à mon libraire il y a quelques années avec Les fidélités successives.

La seconde guerre mondiale est terminée depuis 10 ans, mais est toujours gravée dans le cœur et le sang de la population française. Certains milieu ont été compromis avec l’ennemi, l’épuration a eu lieu, certains ont réussi à passer à travers, s’achetant une nouvelle virginité au prix de quelques transactions pas toujours très claires.

Le milieu de l’édition et des personnes de lettres en est un exemple et nous plongeons dans le panier de crabes avec quelques personnages, aussi bien réels que fictifs.

Gabrielle Valoria est une jeune femme qui élève seule son frère, tous deux étant des victimes directes de l’épuration. Elle vivote, se bat pour conserver la demeure de ses parents, à défaut d’avoir le train de vie des années 40-45. Une occasion de gagner de l’argent lui tombe dessus, écrire la biographie littéraire de Sidonie Porel. Sidonie Porel, la plus grande écrivaine du moment depuis la fin de la première Guerre mondiale. Après un roman populaire dont elle a du mal à assumer la paternité, elle cherche la reconnaissance de ses pairs en publiant régulièrement tous les deux ans sa grande série Les deux France.  Grande femme de lettres ou imposture littéraire ? Certains soulèvent le doute, l’enquête démarre, les personnages se croisent et c’est l’occasion d’explorer les ambigüités de l’Occupation. On note un mille feuilles de mensonges de façades et d’affaires délicatement recouvertes d’un voile de bonne conscience. Sur une trame historique (on croise de nombreux auteurs  qui ont fait leur chou gras sous l’occupation) se greffe une trame romanesque qui éclaire le contexte historique.

Une fois ouvert, le livre ne se lache plus.

23 octobre 2017

Bakhita Albin Michel, 456 pages.

Bakhita olmi

Il y a peu de temps de cela, lors d’un passage à la librairie, j’ai demandé à mon libraire de me faire découvrir un de ses coups de cœur de cette rentrée littéraire. Il me proposa alors Bakhita. Première recherche à froid, avant lecture, et je tombe sur des photos et une notice biographique de la vraie Bakhita. Donc, ce personnage existe bien. Une femme noire, une coiffe, un air calme, et le sentiment qu’il se dégage quelque chose de cette femme, de ce regard. Me contentant de ces photos, je ne lis pas la notice biographique pour ne pas déflorer le roman, et je me lance.

Quelle femme que celle dont nous découvrons la vie ! Enlevée au Soudan (Darfour) à l’âge de sept ans, vendue à des esclavagistes et différents propriétaires en Afrique, elle subit la privation de liberté, le travail, l’esclavage, la violence jusqu’à l’adolescence, avec une idée en tête, retrouver sa sœur raflée deux ans avant elle.

Rachetée par un consul italien qu’elle convint de ramener avec lui en Italie, Bakhita découvre qu’en Europe aussi on peut travailler comme esclave. Mais elle découvre aussi un moyen d’émancipation : l’éducation. Même si cela implique, une fois qu’elle a pris conscience de sa place, de rester au couvent, Bakhita doit être affranchie, doit se battre et pour la première fois imposer sa volonté. Non, elle reste, elle ne redeviendra pas domestique pour des particuliers, elle ne retournera pas en Afrique.

Esclave, domestique, religieuse, sa place unique dans l’histoire de l’Italie fait d’elle une sainte, modeste, qui ne prend pas conscience de l’engouement qu’elle suscite. Et pourtant, ses mémoires rencontrent un succès populaire conséquent. Qu’il semble loi le temps ou Bakhita, seule noire, faisait peur aux Blancs qui la voyaient pour la première fois. Sainte Bakhita ? Oui, Sainte Madre Giuseppina Bakhita.

« C’est comme cela, par ce corps restitué, qui ne sera plus ni battu ni convoité, qu’elle retrouve lentement le monde des humains. Elle a quelque chose à elle, et c’est elle ».

 

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19 octobre 2017

Erik Orsenna, La Fontaine,Une 'école buissonnière, Sock, 206 pages

J’aime habituellement les romans et les essais d’Erik Orsenna, qui fait œuvre de vulgarisation, toujours bien écrite. On peut vulgariser sans s’abaisser, pour élever le lecteur et le nourrir. La nourriture, cette fois, je ne l’ai pas trouvé, je suis restée sur ma faim.

Orsenna s’attaque ici à La Fontaine, peut-être l’auteur le plus connu de tous les français. Qui n’a pas appris, qui ne connait au moins une fable de notre Jean national ?Mais ici, rien de neuf, des généralités lisibles partout, des digressions (très nombreuses), des chemins de traverses qui n’apporte rien. Savoir qu’aujourd’hui une enseigne de grande surface de jardinage occupe l’espace de promenade de La Fontaine me laisse de marbre.

Est-il vraiment utile de connaitre l’indemnité d’un académicien, et les querelles autour du dictionnaire aujourd’hui, pour ne pas aborder le travail de La Fontaine à l’académie en son temps, surtout que l’indemnité de l’époque n’est même pas mentionnée ? Il précise juste ‘’les maigres jetons versés’’ par l’académie. Certes, mais quelle valeur ?

Au moins laisse-t-il entendre qu’il a toujours de l’inspiration, puisqu’il aurait deux livres en cours, dont sur ‘’La gastronomie des couleuvres, ces repas qu’il faut avaler quand on veut de l’honneur ou des pouvoirs’’.

Orsenna nous donne donc à lire un La Fontaine buissonnier, bon vivant, infidèle, un paresseux travailleur, un courtisan ruiné, mais un La Fontaine qui ne nourrit pas son lecteur, malgré les efforts de l’auteur pour employer régulièrement des tournures et expressions du XVIIes.

Vous m’aviez habituée à une vulgarisation érudite, Monsieur Orsenna, reprenez-vous !

La fontaine

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