Une fille avec un livre

Luis Sepulveda, Le vieil homme qui lisait des romans d'amour.

Sepulveda

Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse, il savait lire.

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14 août 2017

Frédéric Gros, Désobéir, Albin Michel, 2017, 220 pages.

désobéir

 

Aujourd’hui, de nombreuses circonstances devraient nous amener à nous révolter : l’accentuation des injustices sociales, la dégradation progressive de notre environnement, et « ce qu’on appelle le ‘’capitalisme’’ diffus » qui enveloppe les deux précédents.

Alors, pourquoi laisser faire, pourquoi ne pas désobéir ?

Frédéric Gros va poser la question de la désobéissance à la lumière de ce qu’est l’obéissance. Il ne va donc pas aborder les mouvements sociaux d’opposition qui font entendre leur voix, mais va tenter d’analyser pourquoi il est si facile de suivre sans bouger. C’est donc une réflexion avant tout philosophique de la désobéissance.  Un peu ardu mais intéressant à lire, avec de nombreuses références, de textes aussi bien religieux que philosophiques et historiques.

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10 août 2017

Camilo Jose Cela, La famille de Pascal Duarte, point, 199, 145 pages.

la famille de pascal duarte

Voici un auteur qui m’était totalement inconnu, découvert grâce au prêt d’une collègue pour la durée des vacances.

Camilo José Cela a publié La famille de Pascal Duarte en 1942 en Espagne, provoquant un scandale au moment de sa publication. L’auteur devient prix Nobel de littérature en 1983.

La famille de Pascal Duarte est le roman de la fatalité qui poursuit un homme depuis sa naissance.  Un homme que, à la fin de sa vie, ‘’la plupart des gens considère comme une hyène, mais qui n’est au fond qu’un doux mouton poursuivi et effrayé par la vie.

Enfance à la dure dans une famille inculte où la communication se fait surtout à coups de poing et d’insultes, un père qui frappe, une mère qui boit, sèche et sans amour. Le décor est planté, un milieu qui le poursuivra toute sa vie, dans un petit village d’Estremadur.

Pascal va grandir, se marier, avoir des enfants, fuir, revenir, évoluer, toujours dans le même milieu, toujours au côté de sa mère. Mais parfois, le côté animal est le plus fort. Quel peut bien être la vie d’un tel individu ? Et il le di lui-même : « ma faiblesse est grande en face de l’instinct ». Alors, en prison pour la 2e fois, Pascal raconte sa vie, sans rien justifier. Juste raconter. « On tue sans savoir pourquoi », comme si cela allait de soi…

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03 août 2017

Yaa Gyasi, No home, Calmann-Lévy, 410 pages.

No home

 

Une mère commune, Maame, deux filles nées dans deux villages différents, Effia la beauté et Esi. Deux destins, deux lignées parallèles, du XVIIIes à la fin du XXes.

Les chapitres fonctionnent deux par deux et nous suivons ainsi alternativement l’histoire des personnages génération après génération. Tous les deux chapitres nous passons à la génération suivante.

Une branche, celle d’Esi, traverse l’Atlantique , subit l’esclavage puis la ségrégation.

L’autre reste sur la Gold Coast, de bonne souche, éduquée, métissée, subissant les hauts et les bas d’un pays marqué par la colonisation. C’est ’histoire des deux rives d’une même famille.

La présence de l’arbre généalogique est bien utile au début du roman. Nous pouvons ainsi nous y référer en cours de lecture pour suivre les familles sur les différentes générations. Sur deux siècles, on finit un peu par s’embrouiller sans cela.

Ce roman est une très belle fresque familiale et historique dans laquelle le destin des hommes est marqué par la cruauté de l’Histoire et des hommes qui la font.

Un petit inconvénient à mes yeux : très peu de date pour se situer dans l’histoire des Etats-Unis et de l’Afrique de l’ouest.

Citation :

«  Et dans mon village il y a un dicton sur les sœurs séparées. Elles sont comme une femme et son reflet, condamnées à rester sur les rives différentes de l’étang ».

31 juillet 2017

Simone Veil, Les hommes aussi s’en souviennent, une loi pour l’histoire, stock, 112 pages.

les hommes aussi s'en souviennent

P5 à 41 :

Intégrale du discours de Simone Veil au parlement le 26 novembre 1974, publié pour la première fois dans cette édition en 2004, trente après avoir été prononcé. Un grand avantage : ce texte intégral permet de suivre la pensée de Madame Veil, alors ministre de la santé. Elle avait bien conscience des enjeux de cette réforme de la législation sur l’avortement et du tollé que cela allait soulever.

Alors, elle pose les cadres, elle structure, elle explique. Comment jongler avec toutes les tendances, comment faire en sorte que cette loi soit votée ?

Elle choisit de ‘’faire une loi réellement applicable, faire une loi dissuasive, faire une loi protectrice’’. Une loi qui laissait enfin aux femmes la possibilité de prendre la décision ultime.

P 45 à 103 :

Entretien avec Annick Cojean. Interview par la journaliste du monde sur ses sentiments, et la façon dont elle a vécu cette loi. La réaction des parlementaires, parfois très virulente et très violente. Le soutien du gouvernement et du premier ministre Jacques Chirac (pourtant personnellement opposé à cette loi et qui pensait que l’avortement était ‘’une affaire de bonne femme’’). Les allusions au nazisme, honteuses et nombreuses.

Alors, aujourd’hui que cette femme n’est plus, n’oublions pas son combat et son engagement et continuons à l’enseigner pour ne pas l’oublier.

 


27 juillet 2017

Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique Gallimard, 1972, 373 pages

Vendredi

Qu’advient-il à un homme, sans autrui, sur une île déserte ?

Au moment où Tournier faisaient des études d’ethnologie, le Robinson Crusoé de Daniel Defoe ressort alors en poche. Il l’a lu, en ayant en mémoire tout ce qu’il a appris dans ses cours : le langage, la notion de sauvage, de civilisé. Il décida alors de faire un nouveau Robinson, en prenant en compte les acquis de l’ethnographie.

Dans ces deux histoires, des points communs : le naufrage lors d’une tempête, un survivant solitaire, l’élaboration d’un nouveau monde, la visite de sauvages anthropophages.

Mais aussi des variantes conséquentes : Defoe plaçait sin histoire dans les Caraïbes, Tournier la replace dans le lieu d’un vrai ‘’Robinson’’, un écossais qui choisit de vivre seul quelques années sur un archipel au large du Chili au XVIIIes, dans le Pacifique. C’est alors, du XVIIIe au XXes, le lieu où on pouvait espérer fuir la civilisation. Et alors que Defoe veut montrer un Robinson des origines, qui reconstitue une nouvelle société à l’image de celle qu’il connait, économique et sociale, Tournier veut montrer la déshumanisation : homme sexué dans un lieu fantastique, son Robinson humanise l’ile qu’il considère comme son épouse. Il féconde la terre et se fond en elle (p 159, enracinement de sa barbe).

Les deux histoires évoluent d’abord avec de nombreuses similitudes et on retrouve parfaitement dans le livre de Tournier les grandes étapes du Robinson de Defoe : abri dans une grotte, construction d’un navire inutilisable, nouvelle organisation et maitrise du territoire (‘’comme l’humanité jadis, il était passé du stade de la cueillette et de la chasse à celui de l’agriculture et de l’élevage’’). A tel point que je me demandais l’intérêt d’une telle réécriture. Mais le Robinson à la lumière de l’ethnographie est bien plus humain, montre davantage ses faiblesses (‘’En vérité, il éprouvait une insurmontable répugnance pour tout ce qui pouvait ressembler à des travaux d’installation dans l’île’’) , ses doutes. La mesure du temps semble lui donner un nouveau pouvoir sur l’Ile, une maitrise de son monde.

‘’Rien de tel pour percer l’âme d’un homme que de l’imaginer revêtu d’un pouvoir absolu auquel il peut imposer sa volonté sans obstacle’’. Et cela s’applique parfaitement à Robinson dès que Vendredi entre dans sa vie. Là s’arrête les ressemblances. Alors que le premier RC fait preuve d’humanité, le second est le maître du monde, jusqu’à ce que son monde s’écroule. Alors commence pour les deux habitants de l’île une nouvelle vie. La fin, quant à elle, reste ouverte. Comment Robinson va-t-il se comporter avec Jeudi ?

 

24 juillet 2017

Victor Hugo, Han d’Islande, folio classique, 576 pages.

Han d'Islande

J’ai récemment décidé que les œuvres de Victor Hugo seraient mon fil conducteur de mes lectures estivales. Et j’ai décidé de commencé par des œuvres qui sont pour moi moins connues.

Ma première lecture est donc Han d’Islande.

Roman historique, roman du pouvoir, roman d’aventure, roman d’amour, vous trouverez tout ce que vous voulez dans Han d’Islande.

Norvège, XVIIes. Ethel, jeune fille innocente, partage la captivité de son père enfermé par son opposant qui l’accuse de meurtre. Trahison, complot, les hommes de pouvoir paraissent fort antipathiques.  Ordener, jeune homme amoureux d’elle, va tout faire pour prouver l’innocence du père. Il doit pour cela retrouver le coffre de métal contenant les preuves de sa quête.

Mais sa route croise les soldats de ses opposants, et un drôle d’être que peu de personnes peuvent se targuer d’avoir vu de près. Han.  Né en Islande, bandit sanguinaire, assoiffé (au sens propre) du sang de ceux qu’il tue, toujours  accompagné d’un ours blanc. Han, ne voulant que la vengeance, créature géante pour les uns, petite pour d’autres, mais est-ce vraiment un homme ? Un être légendaire et mythique de la culture scandinave ? En tout cas, le symbole du mal absolu. De quoi mettre à l’épreuve le courage d’Ordener…

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20 juillet 2017

Daniel Defoe, Robinson Crusoé, édition Carrefour, 1994, 317 pages.

defoe robinson

Je connaissais dans les grandes lignes l’historie de Robinson Crusoé comme on connait quelques grands classiques, comme des histoires racontées, mais je ne l’avais jamais lu. L’oubli est réparé.

Je ne vais pas revenir sur le détail de l’histoire de ce naufragé, homme industrieux qui ne se laisse pas abattre. Il a en effet très vite compris qu’il a désormais la vie devant lui sur cette ile déserte pour aménager son territoire. Et là, j’emploie le possessif volontairement.

Première édition de ce livre : 1710. Donc début XVIIIes, l’époque des grands navigateurs, des traversées vers l’Amérique et du commerce triangulaire. Robinson n’est pas un blanc européen (anglais pour être précis) pour rien. Même quand il la quitte, son île reste son territoire, son domaine, les habitants, ses sujets (blancs) qui ont besoin de quelques sauvages (noirs) pour les aider au travail. Sa grotte est son château, et sa cabane, sa métairie et résidence secondaire dans laquelle il va dormir quelques nuits de temps à autres pour se ressourcer.

Robinson reconstitue en miniature une société nouvelle ou le blanc reste le maitre. On peut aussi dater l’époque au style littéraire. Et je conçois difficilement un journal de naufragé aussi bien rédigé

Je vais par la suite lire la relecture/réécriture faite par Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, puis la version de Chamoiseau, L’empreinte à Crusoé, lu une première fois il y a quelques années pour le premier prix Océan.

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17 juillet 2017

Pascal Blanchard, Farid Abdelouahad, Les années Trente, et si l’histoire recommençait, édition de la Ma

les anées trente

 

On a tendance à oublier les années 30, du moins ceux de ma génération. Mes quatre grands parents (nés entre 1905 et 1917) ne sont évidemment plus là pour m’en parler, et mes parents sont des baby boomers. Alors, qui connait vraiment l’histoire économique, sociale et politique des années Trente ?

C’est une ‘’décennie trouble, terrible, fascinante, violente, mais aussi créative et fondatrice du temps présent’’.

Au milieu des années 30, le monde se fissure. Les idées extrêmes gagnent tellement de terrain qu’elles prennent le pouvoir. On pense nazisme, fascisme, populisme.

Dans la comparaison avec les années trente, ce ne sont pas les différences mais les similitudes qui l’emportent (François Lenglet).

Le 11/09/2001 et la confrontation avec l’Islam jouent se rôle joué par la grande guerre.

Choc des civilisations, choc des cultures = terreau pour les ultras. 80 ans après 1937, la Grèce, l’Allemagne, l’Autriche, la France voient de nouveaux populistes ou nationalistes chercher une nouvelle légitimité politique. La crise de 2007-2008 fait écho au krach boursier d’octobre 1929, point de départ de cet ouvrage.

Ce livre est divisé en douze chapitres à la riche documentation iconographique.

Un parti pris : planter un large panorama visuel des années trente au niveau mondial (des Etats-Unis à l’URSS en passant par les empire coloniaux). Il interroge sur les mécanismes similaires, les échos et les résonnances avec aujourd’hui.

Une nouvelle lecture enrichissante et éclairante.

 

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13 juillet 2017

Chimamanda Ngozi Adichie, Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féminine, Gallimard, avril 2017.78 p.

Un petit livre à mettre entre toutes les mains, hommes et femmes confondus, et quelque soit la culture.

C. N. Adichie est une écrivaine nigériane engagée. « A une amie qui me demande quelques conseils pour élever selon les règles de l’art du féminisme la petite fille qu’elle vient de mettre au monde l’auteure répond sous la forme d’une missive enjouée, non dénuée d’ironie, qui prend vite la tournure d’un manifeste. » OU bien la lettre n'est qu'un prétexte pour camoufler ce manifeste, je ne sais pas. Mais l'un ou l'autre, peu importe, c'est à lire absolument!

Quelle place donner à l’enfant, à la mère, au père, dans la vie quotidienne, dans les propos…

Et le lecteur / lectrice se retrouve confronté, au-delà des cultures, à des situations du quotidien qui nous parlent. Il suffit de regarder la classification des vêtements ou des jouets dans les enseignes françaises pour voir qu’ici aussi il reste beaucoup de chemin à parcourir !

 

Citations :

« Apprendre à questionner les mots. Les mots sont le réceptacle de nos préjugés, de nos croyances, de nos présupposés. Mais pour lui enseigner cela, tu devras toi-même questionner ton propre langage »

« Apprend lui si l’on critique X chez les femmes mais pas chez les hommes, alors c’est que l’on n’a pas de problème avec X mais que l’on a un problème avec les femmes. Remplace X par des mots comme ‘’colère’’, ‘’ambition’’, ‘’grande gueule’’, ‘’entêtement’’, ‘’froideur’’, ‘’cruauté’’.

 

chere ijeawele

 

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