Une fille avec un livre

Luis Sepulveda, Le vieil homme qui lisait des romans d'amour.

Sepulveda

Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse, il savait lire.

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17 mai 2018

Nicolas D’Estienne d’Orves, Nathalie Carter, Le silence et la fureur, XO édition, 361 pages

le silence et la fureur

Une île isolée dans un lac canadien appelé Lost Lake, pour un hui-clos, cela s’annonce prometteur.

Une grande maison isolée, un homme seul traumatisée par une tragédie survenue dix ans plus tôt, une employée qui traverse tous les jours la baie en bateau pour satisfaire son employeur plein de TOC qui régissent désormais sa vie. Comment sortir cet homme de son isolement  et lui redonner goût à la vie et au piano ? Depuis dix, il ne supporte plus d’entendre, de jouer et même de se représenter la musique, lui, Max King, le pianiste virtuose. Les migraines semblables à des perceuses dans la tête le rendent alors fou de douleur.

Une solution peut-elle être envisagée ? Pourquoi ne pas faire revenir son fils pour provoquer un électrochoc ? Mais où cela peut-il le mener ?

Dans un premier temps, j’ai trouvé que l’histoire, pour un thriller, manquait un peu de tension. Mais au final, une fois que les relations entre les personnes se mettent en place, on suit les indices que les auteurs promènent sous notre nez, on se dit que ça ne peut pas être ça, que c’est trop flagrant, mais que peut-être…

La folie des personnages se déploie, on comprend petit à petit qu’il n’y a pas que Max qui est perturbé par ce qui s’est passé. La folie, les éléments qui se déchainent, une île isolée, le moteur du bateau qui lâche (comme par hasard), tous les éléments sont là pour que la tension monte et que le drame se noue.

Tout finit par s’imbriquer, par prendre forme, pour aboutir à  la surprise finale qui m’a prise de court. Je pense avoir eu des raisons de soupçonner tous les principaux personnages, sauf celui-là. Et c’est vrai, qu’en  repensant...

Une fois le roman terminé, j’ai eu bien du mal à m’endormir. J’ai ruminé les relations entre les personnages, les actions qui ont été menées, la folie, la monstruosité menée à son terme par un esprit bouleversé pour que Max rejoue et que l’ile revive.

Si on ouvre le livre et que l’on se penche uniquement sur les dernières lignes, on pourrait penser à une renaissance, un happy end…mais quand on repense à ce qui s’est passé pour en arriver là...

 

 

 

 

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14 mai 2018

Antoine Rault, La traversée du paradis, Albin Michel, 574 pages

 

la traversée du paradis

Déception par rapport au précédent volume. Autant j’avais avalé les aventures de ce jeune homme amnésique devenu espion à la fin de la première guerre mondiale dans La danse des vivants, autant j’ai eu davantage de mal à le suivre dans ce livre. Et j’ai un peu de mal à expliquer pourquoi.

Lorsqu’on a en mémoire les aventures du premier volume et e parcours de Charles, il y a dans La traversée du paradis des redites qui donnent l’impression de perdre un peu de notre temps. J’ai eu le sentiment que cet ouvrage s’adressait à des personnes qui n’avaient pas lu La danse des vivants.

Ensuite, il y a des passages que j’ai dévorés, voulant connaitre l’évolution des personnages. Par exemple le retour de Tamara en Russie, avec la description de la vie quotidienne, les  maladies, la famine, sous Lénine, au début du communisme. Les conditions de vie sont épouvantables, mais l’idéologie attire encore  des intellectuels occidentaux qui viennent visiter le paradis communiste.

Les négociations historiques souterraines sont nombreuses, et après cette lecture, je suis allée regarder dans mes livres d’historie et sur internet, et ce que j’ai trouvé recoupe ce que je venais de lire. J’ai donc apprécié l’apport historique qui donne vie et rend plus humain ces tractations secrètes.

Par contre, le rôle de Charles me laisse davantage sceptique et le résultat un peu cousu de fil blanc. En lisant, j’avais l’impression d’anticiper ses actions à venir, et je n’ai pas du tout été surprise par ce qui lui arrivait au fil de ses aventures.

Bref, un bilan mitigé.

 

Joseph Durand avait aussi tiré la sonnette d'alarme - et dès la fin de l'année précédente. Il avait écrit au maréchal Foch et à Clemenceau : "Si nous sommes optimistes, nous pouvons penser que dans trente ans, cinquante ans peut-être, l'Allemagne dominera l'Europe pacifiquement grâce au prodigieux dynamisme économique dont elle a su faire preuve avant 1914. Mais il faudrait pour cela croire que va triompher maintenant l'Allemagne des rêveurs, socialistes ou poètes, qui savent être calmes ou patients. Je n'opte pas quant à moi pour cette hypothèse optimiste. J'ai la conviction que l'Allemagne qui va renaître du cataclysme sera une Prusse agrandie et monstrueuse qui va vite se chercher un maître. Et sous la conduite de ce nouveau seigneur de la guerre, l'Allemagne prussienne reprendra ses conquêtes. Commencera-t-elle par la Pologne ou par la Tchécoslovaquie ? Auparavant, l'Autriche ne manquera pas de se souder à elle. Par cette annexion fatale, elle retrouvera une frontière commune avec l'Italie. Descendra-t-elle alors dans la vallée du Pô ou est-ce le Rhin qui la verra de nouveau s'épancher ?"
Le général Durand écrivit son rapport peu avant Noël 1919. Il le conclut dans un grand élan dramatique par ces mots : "C'est le secret du destin."

(Cette analyse reprend les mots exacts utilisés dans son rapport à Foch fin 1919 par le général Charles Dupont, le chef de la Mission militaire française à Berlin (puis en Pologne) dont l'auteur s'est inspiré pour le personnage du général Durand. L'histoire humaine est ainsi faite : parfois certains voient juste et ne sont pas entendus.)

10 mai 2018

Margot Lee Shetterly, Les figures de l’ombre, Harper collins poche, 354 pages.

Les figures de l'ombre

 

Un incroyable destin que celui de ces ‘’filles de couleur’’. Vocabulaire entre guillemets car c’est comme cela que l’auteure ouvre son roman. Par une note de l’auteure mettant en garde le lecteur au sujet du vocabulaire employé. Car ces mots, qui peuvent choquer aujourd’hui, collent au plus près de la situation de l’époque.

Mary, Catherine, Dorothy et bien d’autres, calculatrices humaines qui ont joué un rôle important au service des ingénieurs de la NASA, ont très longtemps été passées sous silence, laissées dans l’ombre, oubliées. Mais certaines de ces femmes,  toutes licenciées en mathématiques et / ou physique, étaient des génies. Sans elles pas d’homme dans l’espace, au moment de la course à l’espace dans le contexte de la Guerre Froide entre les Etats-Unis et l’URSS.

J’ai découvert cet ouvrage grâce au film du même nom, nouvellement acheté par le CDI de mon établissement. Je ne pouvais pas ne pas me procurer le livre ! Et celui-ci est bien plus riche, tant historiquement que socialement, et avec une bien plus grande amplitude chronologique que le film.

Un très bon documentaire avec en toile de fond la lutte pour l’émancipation des femmes et contre la ségrégation.

Etre femme, être noire, être femme noire à la NASA et dans la société américaine.

07 mai 2018

Karine Giebel, Purgatoire des innocents, pocket, 640 pages.

Purgatoire des innocents 1

AVIS AUX LECTEURS : ne pas commencer ce titre un samedi soir si vous ne voulez pas passer le reste du week-end scotché à ses pages, si comme moi, vous voulez absolument savoir comment tout cela allait se terminer.  En parallèle à la lecture,  je ne pouvais pas m’empêcher de me demander comment on pouvait avoir une imagination aussi tordue pour construire une telle intrigue. Et en même temps, la trame de fond n’est pas une pure imagination de l’auteure, de sordides faits divers  ont déjà rapportés de telles situations. Mais je ne peux pas en dire plus sur cet aspect.

Maintenant, plantons le décor.

Quatre braqueurs (deux frères et un couple), une bijouterie parisienne, trente millions de butin…mais un casse qui finit mal et William, le plus jeune frère, prend une balle dans la jambe. La blessure est grave…Les braqueurs prennent la fuite dans leur véhicule, mais doivent trouver une solution pour le blesser, prévoir de s’arrêter et le soigner sans être dénoncés. Quelle solution ?

Une vétérinaire, ça soigne, non ? Et l’avantage, c’est que celle-ci vit seule, dans une propriété isolée, au bord d’un lac, cernée de bois…Vous voyez le décor et le hui-clos qui se prépare ? Il faudra juste la persuader d’intervenir, mais les braqueurs sont armés, donc pas de problème en vue de ce côté-là…

Mais la planque n’est pas si idéale qu’elle en a l’air. Le mari revient de déplacement, mais un homme assez âgé, inoffensif ? hum…

Nous allons plonger dans la profondeur des caractères humains, on va toucher le fond, atteindre des abysses de perversion. Et même si j’ai fini par saisir grosso modo  ce qui allait se passer, je n’avais pas l’esprit assez atteint  pour aller aussi loin dans le glauque.

Les pages ne peuvent que se tourner sans relâche, mais la lecture, elle, n’est pas reposante.

Mais que d’idées à prendre pour le jour où j’aurais vraiment quelqu’un à éliminer…ps : j’ai des arbres, un grand terrain, un plan d’eau, …vous voyez ce que je veux dire ? Alors, gare à vous, ne m’approchez pas, et ne vous fiez pas à l’apparence…


03 mai 2018

Franz Kafka, Le château, 432 pages, Points

Le chateau

 

Tout proche et pourtant inaccessible à la fois, le château où se rend le géomètre. Arrivée de nuit dans le village, il se retrouve en tant qu’étranger tout de suite immergé dans les contraintes et les contradictions de l’administration du château.

Absurdité  de la hiérarchie, des contraintes imposées, de quoi rendre fou tout homme normalement constitué …et tout lecteur…ou plutôt la lectrice que je suis, qui n’a pas vu le bout d’une tour de ce maudit château inaccessible.

Une lecture d’abord troublante, puis lassante, pour moi, avec l’impression de tourner en rond indéfiniment comme un chien qui cherche à attraper sa queue.

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30 avril 2018

Jean-Christophe Rufin, Le parfum d’Adam, folio, 765 pages

 

Le parfum d'adam

Quel que soit le sujet traité par cet auteur, la plume de Jean-Christophe Rufin est efficace. C’est bien documenté et bien écrit. Cette fois, il nous entraine dans le domaine de la deep ecology, ou écologie profonde, et ici, très radicale.

Comment réconcilier l’homme avec la nature ?

Les points de vue sont divergents selon la place de chacun occupée dans nos sociétés contemporaines. Et certains points de vue peuvent être extrêmes.

L’intrigue de ce roman relève de la fiction, les faits ne se sont pas produits, mais ils sont vraisemblables, hélas.

L’avantage de ce roman, œuvre de fiction, est d’alerter sur les risques réels, et en même temps fait découvrir d’une manière simple un sujet très complexe, à travers le personnage d’une jeune française, Juliette , qui se retrouve embarquée dans les méandre d’une écologie radicale dont les enjeux lui échappent.

L’écologie, en France, n’a pas un impact aussi fort que dans d’autres pays. Elle attire les sympathies, mais ne fait pas peur. Voire même peut prêter à sourire, les doux rêveurs utopistes ne sont pas pris au sérieux. Dans d’autres pays, come la Grande Bretagne et les Etats-Unis, le terrorisme écologique est une menace écologiste prise très au sérieux.

Qui est responsable des problèmes écologique sur la planète ? L’homme. Les hommes, trop nombreux par rapport aux ressources que peut fournir notre planète. Il faudrait, selon les penseurs de ce courant, ‘’une substantielle diminution de la population humaine’’. Mais comment ?

Quand l’espèce humaine devient coupable, elle aussi une cible…tout devient alors possible pour ceux qui poussent à l’extrême les théories malthusiennes ? Et là, tous les moyens sont bons, même le bioterrorisme…

Alors, embarquez dans ce roman d’espionnage comme dans un grand roman d’aventure, de la Pologne au Brésil en passant, entre autre par l’Afrique du Sud.

 

26 avril 2018

Jean Teulé, Entrez dans la danse, Julliard, 158 pages

entrez dans la danse

“Danser, est-ce taire un cri”, s’interroge un médecin. C’est le fil conducteur.

A la lecture du dernier roman de Jean Teulé, je suis mi-enthousiaste, mi-sceptique quant au style.

Ce roman m’a intéressé pour la période historique, sur n fait dont je n’avais jamais entendu parler pendant mes études d’histoire. La conjonction de catastrophes inexpliquées (météorite ‘’pierre de tonnerre”, comme le dit le narrateur ‘’[comme si] les étoiles se mettent à nous chier dessus”), naissance de siamois, famine, épidémies ravageuses…) amène l’enfer sur terre. La population est en situation de famine aggravée. Les adultes n’ont d’autres choix de manger leurs enfants… ou de les tuer pour ne pas avoir à le faire. Ouverture choc du roman, qui met une claque dès la première scène. ‘’c’est l’histoire d’un peuple qui a perdu l’espoir’’

Mais en arriver à ces extrémités n’est pas sans conséquence sur la mentalité des populations fragilisées par toutes ces catastrophes.

Quelles mesures vont prendre les autorités politiques de la ville, l’ammeister? Et les autorités médicales? religieuses?

Avec Jean Teulé, les autorités politiques de la ville ne sont pas mises en valeur, mais pour les autorités religieuses, c’est bien pire! Dans le contexte de la naissance de la Réforme dont l’évêque ne veut pas entendre parler, il est mis l’accent sur les excès: le clergé stocke de très grande quantité de nourriture, il fait payer le prix fort à la commune lorsqu’il s’agit de sauver la population. En plus, le clergé spécule, et pratique les Indulgences à outrance pour construire la basilique romaine...et pendant ce temps-là, le peuple mange….tous les déchets qu’il peut trouver. Papier, bois, cuir, excréments…

Avec Teulé on ne risque pas de s’ennuyer, mais est-il nécessaire d’être familier, voire vulgaire pour décrire la moindre situation? certes, ce sont des choses triviales de la vie dont il est question, mais est-on obligé de tout écrire familièrement? A la longue, cela m’a dérangée.

De même le choix du vocabulaire décalé.  Parler de flash-mob, de techno parade ou de night-clubbing créé un décalage, fait sourire peut-être, mais pose problème à l’historienne de formation que je suis. L’anachronisme heurte mes oreilles.

 

ex:

“Et tu dans avec lui! … La tête sur son épaule’’ Convoquer C. Jérôme dans une danse macabre, il faut le faire!

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23 avril 2018

Gustave Flaubert, Madame Bovary, édition Le monde / Glénat, Les grands classiques de la littérature en Bande dessinée

Madame Bovary

 

 

Adaptation du texte: Daniel Bardet

Dessin, Michel Janvier

Ce titre est une adaptation fidèle du roman de Gustave Flaubert.

Fidèle, mais sans tous les détails. Nous ne revenons pas sur la jeunesse de Charles par exemple, mais toutes les étapes clés et les émotions des personnages sont bien présents.

Emma, qui cherche le refuge dans le mariage avant de vite déchanter.

Emma, en quête de sensation, à la recherche de la vibration qu’elle ne trouve qu’avec ses amants ou dans ses achats.

Emma, qui trouve la solution la plus radicale pour mettre fin au déshonneur.

Et ce ballaud de Charles, qui ne voit rien venir.

Je retrouve une intrigue lue il y a plus de 20 ans en classe de première! Et pour ceux qui ne connaissent pas l’oeuvre et l’auteur, une double page explicative à la fin. Pourquoi pas une entrée en lecture originale pour des élèves réfractaires aux lectures imposées...

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19 avril 2018

Didier Daeninckx, Le banquet des affamés, Gallimard, 237 pages

Compte-rendu de lecture

La banquet des affamés

Je connais et apprécie les écrits de Didier Daeninckx depuis très longtemps, mais j’ignorais totalement jusqu’au nom de Maxime Lisbonne. Maintenant, je connais les deux, et je ne suis absolument pas surprise que  Daeninckx se penche sur cet homme pour nous donner un roman sous la forme d’une autobiographie, racontée par Lisbonne lui-même.

Il donne la parole à cet homme qui a commencé sa route à 16 ans dans la marine, avant de faire le coup de feu à Sébastopol, se retrouver en Algérie, puis dans la Commune contre les Versaillais.

Monsieur III, comme il l’appelle, il ne le supporte pas. Alors, c’est tout naturellement qu’on le retrouve compagnon de Louise Michel, avant de le retrouver déporté au bagne en Nouvelle-Calédonie. Et entre ses combats et ses coups de feu, on le voit, faisant vivre, ou plutôt survivre les petits théâtres, de l’Algérie à la Nouvelle Calédonie, en passant par les boulevards parisiens.

Il y a beaucoup d’humeur dans le ton, sur sa situation personnelle et dans le regard qu’il porte sur la société de son temps. C’est la vision du soldat, de l’homme de terrain, qui se mange du concret des balles à l’opposé de la politique et de la diplomatie.  

Il fait tellement ‘’personnage de roman’’, ce réfractaire haut en couleur, que je suis allée jusqu’à vérifier l’existence de cet homme, car parfois un personnage de fiction n’est qu’un passeur, un ‘’prétexte’’ dans un contexte historique bien réel pour mettre en valeur une période historique bien précise. Il relève alors du procédé d’écriture. Mais non, ici, tout est vrai et passionnant !

(Et pour ceux qui ont déjà lu Le retour d’Ataï, la suite de Cannibale de ce même auteur, vous retrouverez un clin d’œil à ce personnage lors du séjour de Maxime Lisbonne en Nouvelle Calédonie. Les œuvres de Daenincks s’entrecroisent !)

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