la légende de nos pères

« A l’enterrement de mon père, il y avait neuf personnes et trois drapeaux » (incipit).  Il ne l’a pas questionné de son vivant, il savait peu de choses. Parce que ces hommes de l’ombre ne sont pas causant. Il ne lui reste plus qu’à construire la légende de son père.

Comment ? En entrant en biographie. Le narrateur devient biographe familial. Les familles voulant laisser un témoignage, une postérité, une trace venait lui raconter leur vie ou un épisode, et lui mettait en forme, embellissait le texte, le rendait plus agréable à lire. Mais ce sont leurs mots, comme ceux qu’il aurait voulu entendre de la bouche de son père.

Un beau jour, il reçoit un courrier de Lupuline Beuzaboc.  Elle souhaiterait qu’il rédige l’histoire de son père, résistant taiseux. Mais Beuzaboc a du mal. Il hésite. Il ne veut pas se confier, avant de se lancer. A la lumière de son propre passé paternel, Frémeaux note, s’interroge, questionne, recherche, comme s’il cherchait son père au travers de cet homme encore vivant. Comment construire une légende paternelle pour sa fille ? La conscience finit par prendre le dessus.

Encore un thème complètement différent de mes précédentes lectures de cet auteur, mais toujours une écriture qui va droit au but, qui touche. Toutes les émotions passent dans ses mots. La tristesse, le doute, l’amour. Les mots touchent car il met en scène des personnes qui pourraient être nous, nos pères, nos proches, son père, sa vie. C’est de la fiction, mais le ressenti est celui du vécu. Encore une fois j’ai été touchée par le personnage de Beuzaboc et par l’obstination de Frémeaux qui, sur ce travail particulier, ne s’est pas contenté des mots du conteur. Il fallait savoir ce qui se cachait derrière.

 

Citations :

« Elle voulait un pan de terre à lui, donc à elle. Un endroit où se souvenir, et puis dormir enfin, pour que l’on y revienne. Mon père avait pris ma mère dans ses bras. Je suis tombé sur eux dans un coin de couloir. ‘’Tu veux que nous soyons réunis, c’est ça ? ‘’Et elle hochait la tête. Unis, réunis, c’était ça. C’était à tout jamais. Ce serait donc un enterrement. »

« Mon père, c’était Brumaire, et lui Tristan. Je n’ai jamais su son véritable nom. Tristan, c’était tout. Et c’était pour toujours. La guerre l’avait baptisé et la paix n’a jamais osé le contredire. »

« Entrer en biographie est un instant solennel ».