petit pays


 
Voici un premier roman d’un artiste multifacette qui mérite bien son prix (Fnac 2016).
Gaby vit au Burundi, entre un père français et une mère rwandaise. Au début du roman, chacun est rwandais, burundais, ou zaïrois. Gaby est tenu par son père à l’écart de l’actualité politique et des soubresauts de l’histoire. Mais on sent les tensions latentes, de plus en plus vives. La perception de la population change. Ce n’est plus la nationalité qui est prise en compte, mais l’ethnie. Gaby prend alors conscience qu’il y a des hutu, des tutsi. Mais qu’est ce qui fait la différence ?
« - La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?
- Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.
- Alors…ils n’ont pas la même langue ?
- Alors, ils n’ont pas le même Dieu ?
- Si, ils ont le même Dieu.
- Alors…Pourquoi se font-ils la guerre ?
- Parce qu’ils n’ont pas le même nez »
La frontière est bien ténue, mais des constructions historiques et coloniales ont fait d’une population des groupes ennemis, et cela ne pouvait que mal finir. La famille tente de vivre normalement, mais les adultes ne se voilent pas la chasse. L’horreur se prépare, jusqu’à ce que l’indicible soit commis. Et là, il n’y a plus de métis, tout le monde est logé à la même enseigne.
Petit Pays est un live sur les heures sombres de l’histoire rwandaise et burundaise ; vues du côté d’une enfance qui perd trop tôt son innocence.
Commet peut-on vivre l’après quand, comme la mère, on a vu ce que jamais des yeux ne devraient voir ?
Pour un enfant, comment s’évader en esprit de ce qui se passe sur place ? (quelques très beaux passages consacrés à la lecture et aux œuvres de fiction et à la poésie).