Cartographie de l'oubli

 

« ça n’a pas commencé en 1933, c’est ce que je sais », comprend le narrateur, de père allemand et de mère namibienne. Le jeune homme qui parle ainsi est arrivé sur les lieux le premier à Okahandja, pour la commémoration du centenaire, en présence de l’ambassadeur. « Tu, caché, enterré, il explose aux yeux de tous ». Quoi ? Le génocide, enfin reconnu, de la population Herero. Et c’est ce qui intéresse notre narrateur, sur les traces de son passé de métis, de ses racines namibiennes. Qui était sa grand-mère, avec laquelle le métissage commence ?

Nous plongeons alors en 1889, date de l’arrivée de Jackob Ackermann dans un petit port de l’Afrique du Sud-Ouest. Jackob, soldat allemand, l’un des pionniers chargé d’assurer la sécurité de l’empire. Jackob est le fil conducteur, celui par les yeux duquel nous allons voir évoluer l’occupation allemande sur ses terres africaines.  Colonie de peuplement, contrat avec les ethnies, rapport de force, violence. Le ton se durcit, les rapports sont de plus en plus inégaux jusqu’à se mettent en place la première politique raciale de l’Allemagne,…..en Namibie…en 1904-1905. Oui, c’est vrai, « ça n’a pas commencé en 1933 ».

Tout ce qui est alors mis en place par l’Allemagne éclaire d’un jour nouveau ce qui s’est passé après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Lois raciales, camps de prisonniers, travail forcé, extermination…Tout était neuf sous les tropiques, et se reproduira trente ans plus tard.

Mais ce n’est pas un essai, ni un livre d’histoire. C’est bien un roman, avec une double trame narrative, l’une suivant le personnage contemporain en 2004, l’autre suivant Ackermann le temps de son séjour en Afrique du sud-ouest, sur une trentaine d’années. Et c’est la fiction qui éclaire l’histoire et qui donne la force à ce roman.  C’est donc un roman éclairant sur un aspect terrifiant de l’histoire que j’ignorais totalement.