Danser au bord de l'abyme

 

A quoi tient une vie de famille ? Une corde raide sur laquelle on essaie de se tenir en équilibre, pour ne pas sombrer d’un côté dans la morne routine, de l’autre dans l’excès qui ferait tout voler en éclat. Bref, danser au bord de l’abîme, avoir la tentation de franchir le pas…ou pas.

Et quel pas, celui que franchit Emmanuelle. Un regard, et c’est le grain de sable…Et pourtant, elle aime son mari, ses enfants…Mais c’est la quête du désir, pour elle…

Grégoire Delacourt se met à nouveau dans la peau d’une femme qui ose, qui prend sa vie en main (alors que dans la plupart de ses romans les principaux personnages ont plutôt tendance à subir leur vie). Dans la fiction, elle franchi le pas et permet aux lecteurs / trices de s’identifier. Qui ne s’est jamais interroger sur ce qu’il ferait si une situation équivalente frappait à sa porte ? Mais ce coup de pied dans la fourmilière fait tout basculer. Sa vie, et celle des autres. Il y a des dommages collatéraux.

Emma aima, Bovary des temps modernes…Elle est allée jusqu’au bout de son désir et peut dire qu’elle ne regrette rien.

L’écriture est intéressante, établissant un parallèle avec le conte de Daudet, La chèvre de Monsieur Seguin. Mais le conte d’origine, le vrai, pas celui qui  a été édulcoré dans les versions enfantines actuelles du Père Castor. Et pour comprendre le parallèle, Grégoire Delacourt a la bonne idée de mettre le conte intégral à la fin. Ne le négligez pas, il éclaire l’histoire d’Emmanuelle de façon très pertinente.