berezina

 

-          Un vrai voyage, c’est quoi ? Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe, une dérivé, un délire, quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelant, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…

-          Ah ? fit-il.

-          Cette année, ce sont les deux cents de la Retraite de Russie, dis-je.

-          Pas possible, dis Gras.

-          Pourquoi ne pas faire offrande de ces 4000 km  aux soldats de Napoléon ? »

Comment mêler Histoire, géographien dépaysement et aventure ? En embarquant avec Sylvain tesson et quatre camarades dans des ourals (side-cars) de l’époque soviétique, de Moscou à Paris. Deux cents après la retraite de Russie de Napoléons et de ses milliers d’hommes, nous refaisons le même chemin. Une échappée, une épopée, plutôt, motorisée de cinq copains qui n’ont pas froid aux yeux quand il s’agit de s’embarquer dans les vapeurs de vodka.

Deux récits sont enchâssés dans ce livre. Nous alternons entre les péripéties de nos cinq acolytes et les récits que Tesson nous donne de la retraite historique à travers la lecture de témoignages de généraux et d’anonymes de cette armée hétéroclite piégée par l’hiver russe. Souffrance, froid, faim…cannibalisme, violence, typhus…rien n’a épargné ces hommes et l’auteur ne nous épargne aucune de ces descriptions. Une lecture prenante, qui vaut surtout pour le récit de l’épopée napoléonienne.

Citation :

«  Un haut lieu, c’est un arpent de géographie fécondé par les larmes de l’Histoire, un morceau de territoire sacralisé par un geste, maudit par une tragédie, un terrain qui, au-delà des siècles, continue d’irradier l’écho des souffrances tues ou des gloires passées.  C’est un paysage béni par les larmes et le sang. Tu te tiens devant et, soudain, tu éprouves une présence, un surgissement, la manifestation d’un je ne sais quoi (…) Ici, il y a une telle intensité de tragédie en un si court épisode de temps que la géographie ne s’en est pas remise. »