Bakhita olmi

Il y a peu de temps de cela, lors d’un passage à la librairie, j’ai demandé à mon libraire de me faire découvrir un de ses coups de cœur de cette rentrée littéraire. Il me proposa alors Bakhita. Première recherche à froid, avant lecture, et je tombe sur des photos et une notice biographique de la vraie Bakhita. Donc, ce personnage existe bien. Une femme noire, une coiffe, un air calme, et le sentiment qu’il se dégage quelque chose de cette femme, de ce regard. Me contentant de ces photos, je ne lis pas la notice biographique pour ne pas déflorer le roman, et je me lance.

Quelle femme que celle dont nous découvrons la vie ! Enlevée au Soudan (Darfour) à l’âge de sept ans, vendue à des esclavagistes et différents propriétaires en Afrique, elle subit la privation de liberté, le travail, l’esclavage, la violence jusqu’à l’adolescence, avec une idée en tête, retrouver sa sœur raflée deux ans avant elle.

Rachetée par un consul italien qu’elle convint de ramener avec lui en Italie, Bakhita découvre qu’en Europe aussi on peut travailler comme esclave. Mais elle découvre aussi un moyen d’émancipation : l’éducation. Même si cela implique, une fois qu’elle a pris conscience de sa place, de rester au couvent, Bakhita doit être affranchie, doit se battre et pour la première fois imposer sa volonté. Non, elle reste, elle ne redeviendra pas domestique pour des particuliers, elle ne retournera pas en Afrique.

Esclave, domestique, religieuse, sa place unique dans l’histoire de l’Italie fait d’elle une sainte, modeste, qui ne prend pas conscience de l’engouement qu’elle suscite. Et pourtant, ses mémoires rencontrent un succès populaire conséquent. Qu’il semble loi le temps ou Bakhita, seule noire, faisait peur aux Blancs qui la voyaient pour la première fois. Sainte Bakhita ? Oui, Sainte Madre Giuseppina Bakhita.

« C’est comme cela, par ce corps restitué, qui ne sera plus ni battu ni convoité, qu’elle retrouve lentement le monde des humains. Elle a quelque chose à elle, et c’est elle ».