Et moi je vis toujours

Mon compagnon vient de ‘offrir le dernier ouvrage de cet auteur qu’il a vu m’énerver tant de fois au cours de différentes émissions littéraires et interviews. Je ne remets pas en cause son savoir encyclopédique, mais sa façon de l’étaler. Et je sais que je vais en fâcher beaucoup en disant qu’il m’horripile.

Je n’avais lu de lui jusqu’à présent qu’un seul livre, une pièce de théâtre appelée la conversation, échange entre le premier consul Bonaparte et le second consul Cambacérès. Mais dans ce dernier roman, rien de cela.

Nous avons un récit qui se lit facilement, à la première personne. Connaissant d’Ormesson, à la première personne, on s’attend à une autobiographie. Et bien, oui et non.

Non, car on se rend compte très vite que ce ‘’je’’ correspond à différents personnages, remontant aux origines de l’Histoire, à la préhistoire, même. ‘’Je’’ est un homme préhistorique entreprenant la remontée vers le nord de l’Afrique. Puis, successivement, ‘’je’’ est un égyptien, un africain, un troyen, un grec, un ai de Socrate, un autre d’Alexandre, un vizir d’Abd al-Rahman à l’origine de la mosquée de Cordoue, un admirateur de Frédéric de Hohestaufen…la liste est longue, et je ne la finirai pas…

Le ‘’je’ ’traverse les époques et les continents, s’identifie dans des personnages masculins ou féminins, de toute condition sociale, mais néanmoins la plupart du temps proche des grands, proche de ceux qui font l’histoire, car C’EST l’Histoire. L’histoire comme un roman, l’Histoire qui fait ce que nous sommes aujourd’hui. Et par moment, autour de la Révolution Française et des révolutions du XIXe siècle, il est aussi le Peuple, qui contribue à orienter la marche de l’histoire.

Mais à travers ce ‘’je’’ et ces nombreux personnages et très nombreux auteurs cités, c’est une biographie littéraires de Jean d’Ormesson. Ces personnages qu’il a côtoyés dans les livres, avec qui il a festoyé en imagination grâce aux sources ont partagé sa vie. Une biographie en creux des époques, courants et cultures préférés de l’auteur qui se dessine.

Ais rassurez-vous, j’ai lu un grand nombre des classiques qu’il cite, particulièrement ceux des 17e au 19e siècle, mais je le garde pour moi, vous n’aurez pas droit à mon autobiographie littéraire, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles.

Quelques citations.

« Quelle époque ! Pendant deux cents ans, la Grèce est la boussole et le nombril du monde. Je ne savais plus où donner de la tête. J’aurais aimé terminer là ma carrière, entre Eschylle et Aristophane, entre Phidias et Thucydide »

« Longtemps j’ai fréquenté des prophètes, des empereurs dont j’ai fait la grandeur – ou qui ont fait la mienne- et que vous avez croisé grâce à moi »

« Comme Dieu lui-même, il m’arrive de me prendre pour lui – je suis partout chez moi sous les masques les plus divers et dans des conditions bien souvent différentes »

« J’ai fait des choses immenses et de toutes petites. J’ai été puissant et misérable. J’ai trop aimé, d’un côté, les batailles, les conquêtes, le pouvoir, de l’autre la gaieté, la légèreté, l’ironie. J’ai eu un faible pour les livres. Ils sont mes instruments et mon trésor ».

« J’ai laissé rédiger, sous un nom d’emprunt, quelque chose qui ressemble à une autobiographie » Le dernier masque que j’ai pris est celui d’un garçon, déjà vieilli sous le harnais, qui s’était mis en tête de rédiger mes Mémoires »