Compte-rendu de lecture

La banquet des affamés

Je connais et apprécie les écrits de Didier Daeninckx depuis très longtemps, mais j’ignorais totalement jusqu’au nom de Maxime Lisbonne. Maintenant, je connais les deux, et je ne suis absolument pas surprise que  Daeninckx se penche sur cet homme pour nous donner un roman sous la forme d’une autobiographie, racontée par Lisbonne lui-même.

Il donne la parole à cet homme qui a commencé sa route à 16 ans dans la marine, avant de faire le coup de feu à Sébastopol, se retrouver en Algérie, puis dans la Commune contre les Versaillais.

Monsieur III, comme il l’appelle, il ne le supporte pas. Alors, c’est tout naturellement qu’on le retrouve compagnon de Louise Michel, avant de le retrouver déporté au bagne en Nouvelle-Calédonie. Et entre ses combats et ses coups de feu, on le voit, faisant vivre, ou plutôt survivre les petits théâtres, de l’Algérie à la Nouvelle Calédonie, en passant par les boulevards parisiens.

Il y a beaucoup d’humeur dans le ton, sur sa situation personnelle et dans le regard qu’il porte sur la société de son temps. C’est la vision du soldat, de l’homme de terrain, qui se mange du concret des balles à l’opposé de la politique et de la diplomatie.  

Il fait tellement ‘’personnage de roman’’, ce réfractaire haut en couleur, que je suis allée jusqu’à vérifier l’existence de cet homme, car parfois un personnage de fiction n’est qu’un passeur, un ‘’prétexte’’ dans un contexte historique bien réel pour mettre en valeur une période historique bien précise. Il relève alors du procédé d’écriture. Mais non, ici, tout est vrai et passionnant !

(Et pour ceux qui ont déjà lu Le retour d’Ataï, la suite de Cannibale de ce même auteur, vous retrouverez un clin d’œil à ce personnage lors du séjour de Maxime Lisbonne en Nouvelle Calédonie. Les œuvres de Daenincks s’entrecroisent !)