la traversée du paradis

Déception par rapport au précédent volume. Autant j’avais avalé les aventures de ce jeune homme amnésique devenu espion à la fin de la première guerre mondiale dans La danse des vivants, autant j’ai eu davantage de mal à le suivre dans ce livre. Et j’ai un peu de mal à expliquer pourquoi.

Lorsqu’on a en mémoire les aventures du premier volume et e parcours de Charles, il y a dans La traversée du paradis des redites qui donnent l’impression de perdre un peu de notre temps. J’ai eu le sentiment que cet ouvrage s’adressait à des personnes qui n’avaient pas lu La danse des vivants.

Ensuite, il y a des passages que j’ai dévorés, voulant connaitre l’évolution des personnages. Par exemple le retour de Tamara en Russie, avec la description de la vie quotidienne, les  maladies, la famine, sous Lénine, au début du communisme. Les conditions de vie sont épouvantables, mais l’idéologie attire encore  des intellectuels occidentaux qui viennent visiter le paradis communiste.

Les négociations historiques souterraines sont nombreuses, et après cette lecture, je suis allée regarder dans mes livres d’historie et sur internet, et ce que j’ai trouvé recoupe ce que je venais de lire. J’ai donc apprécié l’apport historique qui donne vie et rend plus humain ces tractations secrètes.

Par contre, le rôle de Charles me laisse davantage sceptique et le résultat un peu cousu de fil blanc. En lisant, j’avais l’impression d’anticiper ses actions à venir, et je n’ai pas du tout été surprise par ce qui lui arrivait au fil de ses aventures.

Bref, un bilan mitigé.

 

Joseph Durand avait aussi tiré la sonnette d'alarme - et dès la fin de l'année précédente. Il avait écrit au maréchal Foch et à Clemenceau : "Si nous sommes optimistes, nous pouvons penser que dans trente ans, cinquante ans peut-être, l'Allemagne dominera l'Europe pacifiquement grâce au prodigieux dynamisme économique dont elle a su faire preuve avant 1914. Mais il faudrait pour cela croire que va triompher maintenant l'Allemagne des rêveurs, socialistes ou poètes, qui savent être calmes ou patients. Je n'opte pas quant à moi pour cette hypothèse optimiste. J'ai la conviction que l'Allemagne qui va renaître du cataclysme sera une Prusse agrandie et monstrueuse qui va vite se chercher un maître. Et sous la conduite de ce nouveau seigneur de la guerre, l'Allemagne prussienne reprendra ses conquêtes. Commencera-t-elle par la Pologne ou par la Tchécoslovaquie ? Auparavant, l'Autriche ne manquera pas de se souder à elle. Par cette annexion fatale, elle retrouvera une frontière commune avec l'Italie. Descendra-t-elle alors dans la vallée du Pô ou est-ce le Rhin qui la verra de nouveau s'épancher ?"
Le général Durand écrivit son rapport peu avant Noël 1919. Il le conclut dans un grand élan dramatique par ces mots : "C'est le secret du destin."

(Cette analyse reprend les mots exacts utilisés dans son rapport à Foch fin 1919 par le général Charles Dupont, le chef de la Mission militaire française à Berlin (puis en Pologne) dont l'auteur s'est inspiré pour le personnage du général Durand. L'histoire humaine est ainsi faite : parfois certains voient juste et ne sont pas entendus.)