Comment je suis devenu moi meme

Bien que je ne sois pas une fan des autobiographies de personnalités encore vivantes et qui ne soient pas des personnages historiques, je n’ai pas lâché cet ouvrage d’Irvin Yalom. Je connaissais cet américain comme auteur de deux ouvrages déjà lus, Le problème Spinoza et Mensonges sur le divan, et là j’ai découvert un homme passionné par la psychologie, la recherche, la culture, la vulgarisation de sa pratique à l’aide de la fiction.

‘’Enfant, je n’ai pas aimé ma vie, mon école, mes camarades de jeu, mon quartier’’. Il commençait bien sa vie, la percevant ainsi ! Il a donc eu très tôt la volonté de sortir de son milieu et d’acquérir la reconnaissance. On le voit se construire à travers ses lectures, ses études, ses rencontres et par la suite ses patients et leurs histoires, qui l’aident aussi à mieux se comprendre.

Ses patients, effectivement, car à partir de 1954, il entame une spécialisation en psychiatrie et a découvert très tôt les bienfaits de la thérapie de groupe, dont il est l’un des théoriciens.

En plus de nombreux articles spécialisés professionnels et de manuels de thérapie à l’usage des futurs thérapeutes, il a commencé à penser à une autre manière de faire connaitre sa pratique. De plus en plus il songe à de la fiction mettant en scène des personnages inspirés de la situation de ses patients.

Comment cela lui-est-il venu ? Par ses lectures, très nombreuses, relevant de la littérature générale et de la philosophie. Il s’est passionné pour la philosophie existentielle, mettant en scène non pas tant une intrigue qu’un personnage dans toute sa complexité avec ses dilemmes et ses choix de vie. Ces lectures, selon lui, pourraient aider les patients. Attention, nous sommes loin ici de la littérature feel good à la mode ! Il a également découvert Nietzsche, Spinoza, Schopenhauer, et à chaque fois quelque chose l’a interpellé dans la vie de chacun d’eux, au point que cela lui trottait dans la tête, jusqu’à ce qu’il trouve le bon angle d’attaque. ET à chaque fois, toujours comme fil conducteur, l’idée d’un roman ‘’qui pourrait être vrai’’ (époque, date, personnages, tenues…), et c’est en cela que ses romans sont passionnants à lire.

Dans la dernière partie de son livre, il consacre un chapitre pour chacun de ses écrits, romans ou recueils de nouvelles. Nous voyons poindre l’idée, la maturation est parfois lente, puis le travail prend forme. J’apprécie toujours de connaitre le contexte de rédaction d’une œuvre, cela peut parfois aider à comprendre certaine chose, l’état d’esprit de l’écrivain, la gestation d’une œuvre.

Régulièrement à la lecture de Je suis devenu moi-même, j’ai eu l’impression que c’était une œuvre bilan qui se présentait comme une analyse. Il s’autoanalyse, s’interroge sur son parcours, se remet en cause, évolue.

Un livre bilan, un testament littéraire ? J’ai trouvé la fin beaucoup plus sensible. Lui qui a aidé de nombreux patients à franchir le cap de la retraite, à apprécier la vieillesse ou à accepter la mort inéluctable, il semble avoir bien du mal à faire ce travail sur lui-même. Il a peur de la mort depuis son enfance, et la perte de ses proches, familles et amis, n’améliore pas les choses. Alors, que dire de l’idée de cesser d’écrire ?

‘’Elles ont disparu, ces piles de livres qui attendaient, au fond de mon cerveau que je les écrive. Quand j’aurais fini avec ce livre-ci, je sais qu’il n’y en aura pas d’autres’’ ?