hotel waldheim

Encore une lecture intéressante qui m’a été conseillée il y a peu de temps.

Jeff Valdera reçoit des cartes postales anonymes qui lui rappellent ces vacances adolescentes.

Il a alors 16 ans et accompagne sa tante Judith un mois à l’Hôtel Waldheim, à Davos, dans les Alpes Suisses. Un hôtel qui m’a très vite fait penser à l’Hôtel Bertram, d’Agatha Christie. Vous savez, cet hôtel so british en surface…mais qui cache bien des choses…

A seize ans, quand on a une haute estime de soi, on barbe vite les autres, on manque de finesse, on ne se pose pas de question, ou alors, pas les bonnes. Il joue le soir aux échecs avec l’un des clients, ou alors au jeu de go avec un autre. Il sympathise avec une vieille dame passionnée de Tomas Mann, il s’ennuie, et passe du temps avec l’hôtelier, ancien prof d’histoire aimant transmettre ses connaissances à un jeune intéressé. Sinon, il sert de messager les uns envers les autres, pour s’occuper. Autrement, l’ennui se fait sentir. Il passe ses journées sur les chemins alpins à se prendre pour un alpiniste. Bref, des vacances tranquilles, à penser aux jeunes filles de son âge absente de son lieu de villégiature…

Les cartes postales qu’il reçoit trente ans plus tard laissent penser qu’il serait passé à côté de quelque chose. Quoi ? s’il le savait lui-même…et pour cela, il doit rencontrer l’expéditeur.

Qui est cette femme qui l’accuse quasiment d’être complice de la disparition de son père ?Que veut-elle lui faire dire ?

Nous plongeons dans la reconstitution de la mémoire. A partir de quelques faits de rien du tout, il reconstruit ce à côté de quoi il serait passé. Mais oriente-t-on sa mémoire ? Peut-on la manipuler ? Il en vient à s’interroger.

Lorsqu’il apprend le nom de la personne concernée, il se dit : « c’est la première fois que je repense à lui. Cinq minutes plus tôt, j’aurais nié son existence. Je ne sais pas comment s’y prend Frieda Steigl, elle a le don du ressouvenir’’.

D’un côté, page 141, on s’interroge sur ce qu’il cache. « Parlons froidement : je ne vais pas cracher le morceau comme ça. J’ai ma version, je la maintiens ». De l’autre, il était « le petit français pas fiable (…), le petit vacancier français qui prenais le téléphérique avec sa vieille tata (…) pour passer le temps de ses vacances en compagnie de gens trop vieux pour lui ».

Alors, qu’en est-il ?

Rappelons le contexte : Nous sommes au milieu des années 1970, dans la partie orientale de la Suisse, pas très loin de l’Autriche. Le gamin ne parle presque pas allemand, mais répond par politesse ‘’oui’’ ou ‘’non’’ selon l’intonation de la question posée et le contexte. Nous sommes en pleine guerre froide, et des transfuges de l’est passent à l’ouest via la Suisse…Les archives de la stasi parle du rôle du jeune Jeff Valdera, seize ans…Que nous cache-t-il ? Qu’occulte-t-il

 

Citations :

« En fait de tropiques, je me retrouvais dans les Alpes Suisses (…) j’avais envie d’étudier avec une bienveillance toute neuve chez moi les usages d’une tribu hôtelière aussi exotique qu’une tribu indienne au Brésil »

« Ce n’est pas rien de ne plus maitriser qui on est, au moins qui on a été, ce qu’on a fait ou pas fait, ce que d’autres ont fait de soi. Nous avons vécu la même histoire, et une autre. Comment est-ce possible ? Ou alors c’est toute notre vie qui est comme ça, on se goure jour après jour sur ce qu’on croit vivre, la plupart du temps sans s’en apercevoir »